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  • Photo du rédacteurOlivia

Christine Sun Kim : l'artiste sourde qui joue avec le son.

Les créations qu'elle décrit ici nous montrent d'une manière unique les relations qu'elle entretient avec "ses voix", les interprètes.


Christine Sun Kim, artiste sourde, utilise le système de notation musicale pour donner à voir sons, concepts et mots de sa langue, la langue sumaine américaine. À la suite de la conférence TED qu'elle a donnée en 2015, lors de laquelle elle explique sa démarche artistique, elle revient par écrit sur certaines de ses créations sur le site ideas.ted.com. Elle se penche dans cet article, à l'origine en anglais, sur les interprètes en sumain avec qui elle travaille au quotidien.



Plusieurs systèmes d’écriture “codent” le sumain (langue des signes américaine) sur papier, et certains d’entre eux fonctionnent beaucoup comme les portées, symboles et notes des systèmes de notation musicale. Le sumain et la musique sont tous deux quelque peu “fermés” - à moins que vous ne soyez formé, il est difficile l’un comme l’autre de les comprendre. Mais j’ai choisi de les combiner dans mes dessins pour transmettre mes idées et mes histoires. En mettant le sumain au format musical, le langage a soudainement une voix qui lui est propre. Dans ces dessins, j’explore les différentes voix avec lesquelles j’ai travaillé et mon expérience du son.



Ma voix agit comme les couleurs de l’arc en ciel


Je travaille avec un grand nombre d’interprètes en sumain, et cela signifie que ma voix vient de différents personnages hauts en couleur. Tous les interprètes sont différents, toutes les personnalités sont différentes, aucune voix n’est la même. J'ai toutes ces voix différentes pour des situations spécifiques - une voix bleue lors des discussions raffinées, une voix pourpre lors d’échanges plus sociaux, une voix orange pour des conférences, une voix rouge pour des sessions de thérapie et ainsi de suite. Réunir toutes mes voix ressemble à un arc-en-ciel ... et ce serait ma voix idéale. J'ai choisi de ne pas utiliser les couleurs réelles dans ce dessin ; je pense que les lignes dessinées à la main et les textes expriment mieux mon idée.



Pianiss. . . issmo (outro)


Bien que les gens associent souvent le silence à la surdité, quand j'ai commencé à utiliser le son dans mon art, j'ai vu combien je savais peu de choses sur le silence. C'est alors que j'ai réalisé que je pouvais utiliser des symboles musicaux pour communiquer certaines de mes expériences sensorielles. "P" est le symbole musical de "piano". Si vous le voyez sur une partition, vous jouez doucement. Si vous voyez deux P, vous jouez plus doucement. Plus il y a de P, plus le son est faible. Mais vous ne pourriez jamais arriver au point d’un silence complet. Le silence est un son obscur. Photo: Erica Leone



Comment apprivoiser les croches


En musique, une croche est la ligne horizontale qui relie les notes ou les divise en groupes. J'utilise des croches courtes ou longues comme représentations visuelles de mes voix. Travailler avec des interprètes demande de la patience, du temps et de la confiance ; c'est probablement la forme la plus élevée de collaboration. Cependant, si je ne fais pas attention à ma voix, mon identité sonore peut très facilement être déformée. Parfois, je dois apprivoiser ces notes.



Ma voix pense que c'est un roman.


L'interprétation entre le sumain et l'anglais peut être extrêmement abstraite, puisqu'elle n'est pas du tout une translittération. C'est comme passer d'une chanson à une peinture. J'ai vécu quelques cas où je parlais clairement «oui» et un interprète disait quelque chose comme : « C'est une chance que ça se goupille bien et j'adorerais venir. Merci pour l'invitation. » Elle ou il peut facilement faire un roman d'un simple « oui ».



Un trop plein de voix


Quand je cherche un interprète, je regarde une longue liste d'interprètes à contacter. Bien qu'il soit agréable d'avoir autant d'options, je suis parfois un peu dépassée.



Quand ma voix devient compliquée


Souvent, j'ai l'impression de perdre ma voix au profit d'un interprète dont la personnalité est beaucoup plus grande que la mienne. D'autres fois, mon interprète et moi-même devenons très connectés, et je le ou la laisse participer aux conversations tout en interprétant, mais parfois cela complique ma relation de travail ou mon amitié avec les autres. C'est comme être marié à mon interprète tout en voulant être reconnue en tant qu'individu à travers sa voix.



Comment soigneusement organiser les croches


J'essaie que ma voix me ressemble autant que possible à travers différentes voix d'interprètes. Par exemple, si je travaillais avec un interprète masculin timide, je devrais lui demander de me ressembler d'une certaine manière, d'utiliser mon style et ma personnalité et de mettre de côté sa personnalité. C'est un moyen pour moi de maintenir ma voix sans trop faire de compromis.



TBD TBC TBA


Comme je reproduis le son en observant la façon dont les gens se comportent et réagissent au son, je dépends de leurs réactions. Parfois, je m'inquiète même trop de faire trop de bruit (totalement inutile !). D'une certaine manière, je perçois le son comme plein d’une anticipation anxieuse : TBD - à déterminer ; TBC - à suivre ; TBA - à être annoncé. Même si ces lignes n'ont pas de notes, elles les reflètent en montrant mouvements et taches.



Ma voix se sent parfois petite.


C'est ce que l'on ressent quand mon interprète et moi ne sommes pas bien accordés.



Quand ma voix ne peut pas se taire.


J'ai eu des interprètes supers bavards, et il peut être assez difficile de leur demander de commencer à interpréter quand quelqu'un vient vers moi. Par exemple, si mon interprète est au milieu d'une conversation et que quelqu'un vient me voir pour discuter, je lui ferai signe de venir et de m'aider, mais il ne mettra pas fin à l'autre conversation rapidement, et nous restons là, à attendre.



Ma voix s'adapte lorsque nécessaire.


Travailler avec des interprètes c’est surtout une collaboration. Parfois, je dois m'adapter pour que les interprètes me traduisent correctement. Par exemple, si les compétences réceptives d’un interprète ne sont pas géniales, je dois signer lentement, épeler certains mots et bouger mes lèvres.



Au mois d'avril, Christine Sun Kim a été choisie par le New York Times pour intervenir dans le cycle de conférences organisé dans le cadre de l'Art Leaders Network.

 

Dans le numéro 2 de The Humans Magazine, continuez à découvrir la communauté des Sourds, leurs réussites et leur combat !



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